La conscience du monde est-elle possible?

Je réfléchis depuis quelques temps à la transposition de la conscience humaine à d’autres systèmes pour doter ceux-ci du même niveau de performance que l’Homme dans son environnement concurrentiel. Si je crois cette transposition rapidement possible au sein du système entreprise, j’ai aussi envie de fixer un autre horizon pour pousser les recherches et applications. Cet horizon, c’est la création de la conscience au niveau du monde.

Internet of Things concept - Globalized interconnected world -

Hypothèse un peu folle aujourd’hui, des signes arrivent progressivement pour l’imaginer possible, ou à tout le moins formulable. Ces signes, ce sont les pré requis aux mécanismes de la conscience (voir précédent article sur le sujet) qui émergent progressivement à travers d’une part les évolutions technologiques, et d’autre part les mouvements liés aux projets internationaux associés au développement durable.

En prenant quelques raccourcis, il est possible de dégager trois grands axes de pré-requis pour la création de la conscience du monde :

  • la disponibilité des données les plus exhaustives possibles
  • la cohérence et l’alignement stratégique de ces données
  • la capacité à traiter le volume de données
  • Les données sont nécessaires pour pouvoir mesurer, réguler et gérer l’homéostasie, enregistrer et développer la mémoire. Et s’il est un mouvement marquant ces dernières années, c’est bien l’explosion des données, fruit de notre volonté de tout mesurer. Des données les plus macro, issues des organismes internationaux, aux données les plus micro, qui vont jusqu’aux données biologiques individuelles issues du Quantified Self, tout semble désormais un objet de mesure ou destiné à être mesuré. En combinant cela avec le mouvement d’ouverture des données, imaginer le monde totalement mesurable ne semble plus si déraisonnable sur le long terme.
  • Néanmoins, pour pouvoir mesurer le monde, au niveau global comme au niveau local, il faut que les données soient cohérentes et compatibles pour pouvoir les comparer, les intégrer, … Or, en regardant par exemple des données macro liées aux indices de développement, il semble à ce jour qu’il y ait autant de mesures et de façons de mesurer différentes qu’il y a d’organisations les mesurant. Cela pose un problème de lecture, et donc de prise de décision, évident. Des initiatives se sont construites pour répondre, entre autres, à ce problème. C’est le cas de Measure What Matters (http://measurewhatmatters.info/) qui cherche à s’assurer du bon alignement entre des problèmes locaux et des solutions globales en proposant des cadres de données cohérents à toutes les échelles. Une autre initiative emblématique est la réflexion autour de « quoi » mesurer pour pouvoir gérer l’homéostasie, les bons équilibres, du monde. C’est la mission de Sustainable Development Goals.
  • Le traitement des données est peut-être ce qui sera le plus facile, en mettant de côté toutes les problématiques de sécurité imaginables. Trois évolutions laissent entrevoir la puissance potentielle du traitement des données. La plus ancienne est la capacité à traiter toujours plus vite un volume d’information toujours plus grand (Big Data). Comme il est difficile d’imaginer une limite à cette évolution, il paraît probable qu’un jour il ne soit plus nécessaire d’avoir un humain formulant une hypothèse et définissant ainsi les analyses à mener ; une multitude d’hypothèses pourront être générées et testées (j’avais écrit un commentaire sur le sujet ici : http://www.undatarevolution.org/measuring-sustainable-development/). Le traitement du langage naturel est une autre évolution majeure étant donné qu’il ouvre tout un nouveau champ de données à utiliser. Enfin, il faut rendre possible la circulation des données. Si Internet répond déjà en grande partie à ce besoin de circulation c’est sans doute son application au niveau des objets qui permettra une nouvelle rupture en rendant tout connecté avec tout, tel un réseau de neurones planétaire.

Les pré requis de la conscience du monde existent donc bel et bien, mais ils sont loin de commencer à former un tout cohérent. Pour faire le parallèle avec la constitution de notre univers, nous sommes quelques instants après le Big Bang avec une multitude de matière tourbillonante dont on ne sait pas encore si elle va ou non s’assembler pour former cet univers toujours aussi merveilleux et mystérieux qui est le nôtre.

Néanmoins, se rendre compte que cette hypothèse d’une conscience du monde est possible et en convaincre un nombre suffisant de personnes pourrait permettre de créer un nouveau projet à l’échelle de l’humanité. Un projet cherchant à volontairement créer cette conscience du monde, conscience qui nécessairement dépasserait tout individu, conscience dont on ne pourrait sans doute pas savoir ce qu’il pourrait en ressortir, conscience qui du coup pourrait porter un nom que je n’ose encore mentionner…