L’Intelligence Amplifiée : pour une vision humaine et positive de l’évolution technologique

Le texte ci-dessous est une retranscription de ma présentation lors de la soirée de lancement des Tech Trends 2015 Deloitte (avec une introduction d’1 minute sous forme de pitch en début de soirée)


Est-ce que vous vous êtes déjà disputé avec votre conjoint en voiture? Je vous laisse imaginer la scéne…. dans les bouchons sur l’autoroute avec votre conjoint et votre bébé qui commence à avoir faim. Là vous avez une sortie qui se présente à droite. Vous avez 3 secondes pour décider si vous sortez ou non. 3 sec pour savoir si en sortant vous pourrez arriver à l’heure à la maison pour le biberon. Et en 3 secondes, avec la meilleure volonté du monde, votre conjoint n’a pas le temps de reprogrammer le GPS et de vous donner l’information… alors que cette information était à proximité.

Aujourd’hui le Big Data, on sait faire, l’Analytics, on sait faire, la User Experience, on sait faire. Mais ça on ne saurait pas faire ?

L’intelligence Amplifiée, c’est l’assemblage de ces éléments pour faire en sorte que cette information à proximité devienne effectivement accessible à l’endroit où elle est utile, au moment où elle est utile et sous la forme avec laquelle elle est utile.

L’Intelligence Amplifiée c’est donner plus de liberté à l’individu en éclairant ses prises de décision.

 

L’Intelligence Amplifiée, c’est quoi ?

D’une certaine façon, c’est la réponse que j’ai enfin trouvée à donner quand on me demande : « t’es consultant ok, mais tu fais quoi au juste ? ». L’Intelligence Amplifiée, c’est en effet un peu ce que devrait être tout consultant pour son client. Le levier qui va savoir actionner toutes les techniques existantes, toutes les données disponibles pour fournir à son client les éléments pertinents pour éclairer ses décisions au moment où ils en ont besoin et sous la forme avec laquelle ils en ont besoin.

Est-ce que c’est nouveau ?

Oui et Non.

Non parce que, si on retourne dans la voiture dans laquelle nous étions tout à l’heure, la carte Michelin, c’était déjà de l’intelligence amplifiée, le GPS c’est de l’intelligence amplifiée.

Oui parce que les progrès réalisés en termes de visualisation d’information, de traitements en temps réels de larges volumes de données et d’interactions Homme Machine à travers du langage naturel rendent imaginables une solution très simple à notre problème de décision sur l’autoroute de tout à l’heure. Juste par une question à son ordinateur de bord telle que « Je sors ou pas ? ». L’ordinateur de bord sait que vous êtes sur l’autoroute, sait que vous êtes en famille, sait que vous rentrez chez vous, sait qu’il est bientôt l’heure du biberon, sait les temps de parcours respectifs des deux options compte tenu des données de trafic, de travaux, … 3 secondes, c’est largement suffisant pour que l’ordinateur vous renvoie la bonne information, aussi en langage naturel : « Sors! ». Il ne resterait plus qu’à ce que l’ordinateur de bord tourne directement le volant lui-même ; et après tout, les voitures sans chauffeur arrivent prochainement. Ce qui amène rapidement une question…

Jusqu’où ça peut aller ?

L’année dernière nous parlions de Cognitive Analytics, d’Intelligence Artificielle, avec un prisme très orienté sur le technologie en elle-même, toutes les potentialités qui émergeaient, sans se concentrer réellement sur le comment / le pour quoi nous allions utiliser cette technologie. Du coup, en se focalisant sur les potentialités, on est encore au début du Hype Cycle façon Gartner, ça génère des fantasmes incroyables, pas mal de peurs aussi parfois… jusqu’à certains parlant de soulèvement des machines…. Terminator, Matrix…. Faites votre choix de futur.

L’Intelligence Amplifiée redonne la priorité à l’humain. L’humain est, aujourd’hui en tous cas, toujours nécessaire pour prendre en compte des notions difficiles à programmer telles que la sémantique métier, les particularités culturelles ou la créativité. Plus important, l’humain est nécessaire pour identifier les questions à poser.

Si on comprend le principe, si on voit que ce n’est pas de la science fiction, en tous cas pas de la science fiction qui fait peur…. Concrètement, comment on s’y prend maintenant ?

La priorité, c’est de se focaliser sur les cas d’utilisation en se posant les bonnes questions. Quelles informations me seraient utiles pour obtenir le plus grand bénéfice métier ? A quel moment doivent-elles être accessibles ?Sous quelle forme en ai-je besoin ? Comment dois-je pouvoir y accéder ?

Pour savoir si l’Intelligence Amplifiée peut être une réponse à ces questions, une grille d’analyse utile est celle des 3 Vs :

  • V comme Valable
  • V comme: Vital
  • V comme Valorisable

 

  • V comme Valable : est-ce que l’activité peut s’exprimer en termes de règles, être codifiée ?
    • On a souvent eu des articles sur les métiers qui allaient être remplacés par des robots. J’aimerai prendre un exemple auquel on ne pense pas forcément tout de suite, et qui peut être un peu choquant : la justice.
    • Aujourd’hui en France, si on parle dup roceessu de remise en librté, on a des psyhciatires qui font des interviews de détenus, qui remettent un dossier d’exert qui permet d’alimenter une prise de décision par le juge. Aujourdh’ui, ce processus, sa performance, est inférieur à du pile ou face (par rapport aux taux de récidive). Et pourtant nous avons des outils statistiques qui existent qui permettraient d’avoir une performance bien supérieure.
    • Ce qui est intéressant avec cet exemple, c’est qu’on n’est pas en train de dire qu’il faut utiliser l’outil statistique pour prendre une déision, on est en train de dire que l’expertise qui a été utilisé pour éclairer lap rise de décision pourrait être meilleure, pouorrait être amplifiée par la téchno
  • V comme Vital : Est-ce que la technologie est vitale, indispensable pour réaliser l’activité? est-ce que la cogintion humaine est limitante pour réaliser l’activité ?
    • Un exemple français : Dassault Système et son logiciel Perfect Shelf qui fait rentrer le management visuel dans une nouvelle ère : l’ère de la réalité augmentée.
    • Perfect Shelf est un outil pour les sociétés de distribution qui permet de modéliser dans un environnement de réalité virtuelle, complétement immersif en 3D, tous les rayonnages d’une grande surface. Pouvoir en direct, simuler des positionnements produit et voir les impacts que cela va avoir sur les ventes, en prenant en compte les données de tickets de caisse, les comportements clients en magasin, les différents impacts des différentes marques.
    • Et on image tout de suite le bénéfice pour une société de distribution,dans une phase de négociation avec un client pour savoir quel va être le positionnement produit en magasin, qui va pouvoir faire venir son client dans cet environnement immersif et lui montrer tout de suite ces différentes performances en fonction des positions choisies.
  • V comme Valorisable : On est dans le business, on cherche à faire de l’argent ou des réductions de coûts ; et la technologie le permet parfois.
    • Un exemple, qui nous vient cette fois des Etats-Unis, où la technologie Watson a été expérimentée par une mutuelle. On prend une situation concrète d’un client qui vient en pharmacie et qui demande un médicament qui n’est pas remboursé par défaut par la mutuelle. La pharmacienne doit appeler un call center d’infirmières pour poser quelques questions, avoir un diagnostic et pour que la mutuelle puisse se pronconcer sur le fait qu’elle accepte ou non de rembourser le médicament. Aujourd’hui ce processus c’est un plateau de 3000 infirmières et un temps de traitement de 20 minutes.
    • Ils ont expérimenté la technologie Watson, la technologie cognitive d’IBM, pour aider, pour amplifier les infirmières dans leur diagnostic. Résultat : temps de traitement 8 secondes et plateau d’infirmières qui passe de 3000 à 300 infirmières. Business case parfait, on met en place bien sur? Non, ils ne l’ont pas mis en place.
    • Pourquoi ils ne l’ont pas mis en place? Parce qu’aujourd’hui aux Etats-Unis, et aussi en France et sans doute pas mal d’endroits encore dans le monde, se faire entendre répondre par un robot oui ou non on va te rembourser ton médicament, ce n’est pas acceptable.

A travers cet exemple, on voit qu’il y avait en fait un quatrième V fondamental….

Le V de Valeur

Cela peut paraît un grand mot comme ça mais toute démarche d’Intelligence Amplifiée va nécessairement générer des questionnements éthiques qui sont légitimes. Aujourd’hui nous avons pas mal de Bill Gates, Elon Musk, Stephen Hawking, … qui annoncent parfois des choses difficiles : la fin de l’humanité par exemple. Mais ces questionnements éthiques ils sont légitimes, mais ils sont utiles ; ils sont même nécessaires. Ils sont nécessaires parce qu’ils permettent de faire prendre conscience que oui, ces technologies vont avoir des impacts sur certaines catégories d’emploi. Et nous obligent à penser, pour les collaborateurs concernés, à ce qu’on peut faire. Plus important, ces questionnements ont pour vertu de nous obliger à réfléchir sur la valorisation in fine de l’humain, en se posant une question qui est juste fondamentale :

Quelle est la valeur ajoutée de l’humain par rapport à une machine ?

Pour apporter une réponse positive à cette question, j’ai envie de voir à travers l’intelligence amplifiée une preuve que la technologie peut ne pas être vue comme une menace pour l’individu, mais plutôt comme un moteur pour le pousser vers ce qu’il a de meilleur et de particulier en tant qu’être humain.

 

Businessman with lightbulb head in front of the computer