Oubliez Data Analysts et DPO, le métier de demain sera Brain Architect

La protection des données personnelles, on en fait tout un fromage et des beaux principes, mais on est prêt à vite les oublier dès qu’on nous offre une pizza.
Au-delà de la grosse exagération qu’ont pu faire les articles de presse ayant relaté l’expérience de chercheurs du MIT faite sur plusieurs milliers d’étudiant ayant donné les adresses email de leurs camarades contre une part de pizza (et que je viens de faire également en phrase liminaire), il y a une vraie réflexion à avoir sur notre gestion personnelle de notre vie privée et de notre intime.
Nous semblons tous prêts à de nombreuses concessions en échange des bonnes récompenses. Qui n’accepte pas de donner ses informations de localisation pour trouver la séance de cinéma la plus proche de lui, ou pour vérifier la disponibilité en rayon du dernier livre de Laurent Alexandre dans la FNAC du coin 😉? Qui n’accepte pas de donner de multiples informations sur ses déplacements et sa santé pour pouvoir bénéficier de l’analyse de performance de ses courses à pied? ….

L’incontournable besoin de s’interfacer

Que se passe-t-il si nous déplaçons cette réflexion dans le futur? L’Intelligence Artificielle s’est développée à tel point qu’il est devenu incontournable pour l’être humain de s’interfacer avec elle afin d’être suffisamment augmenté pour rester compétitif dans notre jeu social. Qui ne voudrait pas bénéficier d’une mémoire démultipliée, avec une capacité d’accès à ses souvenirs extrêmement facilitée? Qui ne voudrait pas pouvoir calculer quasi instantanément son itinéraire vers son déjeuner à l’autre bout de Paris dans 25 min sans avoir à passer par ce smartphone désuet?

Le risque de manipulation

Mais que se passera-t-il quand cette interface va bugger un peu (que ce soit la volonté de l’IA ou non 😉) ou être hackée? Quel intime voudrons-nous pouvoir préserver et sécuriser dans notre cerveau? Comment ne pas être a minima un peu inquiet, à tout le moins perplexe, quand des chercheurs nous montrent leur capacité à injecter de faux souvenirs à des souris (même si cela est déjà relativement facile à faire de manière très naturelle sur des humains avec une bonne compréhension des mécanismes de la mémoire)?

La création des Brain Architect

Pour répondre à ce double défi d’ouverture et de sécurisation de nos cerveaux, il y a fort à parier que nos amis transhumanistes inventent le métier de Brain Architect. Sa mission, à l’instar des architectes d’entreprise et des DPO (Data Privacy Officer) d’aujourd’hui, sera double :
APIfier le cerveau pour le rendre interopérable avec l’Intelligence Artificielle (la Mémoire as a Service, le contrôle moteur as a Service, ….) ;
Mettre en place les firewall nécessaires pour préserver notre intime (notamment les souvenirs qui, même s’ils sont imparfaits et modifiables très naturellement, sont indispensables pour le maintien d’une réelle conscience de soi).
Le Brain Architect sera alors le grand réalisation du projet transhumaniste puisqu’il permettra, en préservant une part biologique, de faire basculer les derniers défenseurs de l’homo sapiens vers le projet d’homme augmenté.

Reste à savoir lequel de ces deux objectifs est le plus utopique : APIfier notre cerveau, ou mettre en place des sécurités indépassables par l’IA?

Dans tous les cas, la question de l’intégrité de l’espèce humaine pourrait évoluer de l’intégrité du corps vers l’intégrité de la conscience.